le blogue de Thibaut Temmerman 
communications • journaliste
Stage de journalisme à Montréal
programme Coopération institutionnelle étudiante
05/01/2008 • Rentrer en France : toute une aventure !
« Ah oui une chose est sûre, pour rentrer en France dans la nuit du dimanche 16 décembre au lundi 17 décembre, il fallait vraiment le vouloir ! Et je le voulais vraiment, mais ce ne fut pas sans mal…
Déjà il y eut la question existentielle des bagages : ce que j’allais prendre, ce que j’allais laisser… J’avais presque fini de boucler ma valise que ma coloc Aurélie me mettait le doute. 2 bagages de 23 kilos maximum, cela voulait sûrement dire par bagage. Cela semblait logique, mais avec Air Transat et l’OFQJ, il nous a fallu une autorisation exceptionnelle pour pouvoir voyager avec 40 kilos de bagages. Plusieurs appels téléphoniques plus tard (ras-le-bol de ces audiophones qui ne vous donnent jamais les bonnes informations sans possibilité de parler à un agent !!!), c’était confirmé, j’avais bien le droit de prendre 46 kilos, ainsi que 10 kilos en cabine. Voilà qui changeait bien des choses !Aussitôt je remplissais ma valise de livres que j’allais laissé dans le Nord, de vêtements que je ne comptais plus mettre, de tout un tas de paperasse, de souvenirs plus ou moins encombrants… Autant de choses que je n’aurais pas à reprendre avec moi à mon vrai retour en mars. En espérant que je pourrais tout prendre !
Mais l’autre souci avant de partir, c’était la météo. On annonçait des tempêtes venant de l’ouest des Etats-Unis, déjà paralysé par d’importantes chutes de neige. Températures annoncées : -17°C, avec une température ressentie de -25° à cause du vent soufflant en rafales. Et en effet, cet après-midi là, il tomba de la neige en grande quantité, mais je n’étais pas au bout de mes peines…
Il était désormais clair qu’avec deux grosses valises, je ne pourrais qu’appeler un taxi pour me conduire à l’aéroport. Et c’est là le hic : j’avais beau appeler toutes les agences de taxi de l’annuaire, cela sonnait à chaque fois occupé. Sur les conseils de ma coloc, je partais quelques intersections plus loin pour arrêter un taxi et lui demander de passer reprendre mes bagages et me conduire là-bas. Aucun ne s’arrêta. Je titubais dans la neige, ne voyant quasiment rien à cause des minuscules flocons qui me fouettaient le visage, et je n’avais toujours aucun moyen de me rendre à l’aéroport. De retour à l’appartement, j’essayais de nouveau d’appeler. Une agence me répond enfin… puis me dit que là où j’habite, ce n’est pas son secteur.
Finalement, voyant l’heure tourner, je me résous à sortir avec tous mes bagages pour y aller en transport en commun ou, avec un peu de chance, pour arrêter un taxi. Sur le coup je ne me suis pas rendu compte à quel point j’avais perdu la tête ! 20 kilos de bagages au bout de chaque main, ralentis par la neige qu’ils ramassaient à chacun de mes pas… En 10 minutes, je n’avais même pas rejoint la rue Mont-Royal ! J’écume de rage de me voir si impuissant à avancer péniblement dans la neige.
Et là, un premier miracle. Un homme s’avance et me demande – en anglais – si j’ai besoin d’aide. Bien sûr !!! C’est souvent dans les cas désespérés que l’on se met à parler une langue étrangère de façon fluide comme si on était bilingue… L’une des rares fois où j’aurai parlé anglais à Montréal m’aura été très utile !
De suite avec un bagage en moins, c’était moins lourd, même si la neige pas encore déblayée n’arrangeait rien. “Where are you going, guy ?” Je lui explique que n’ayant pas réussi à appeler un taxi, j’allais tenter de rejoindre l’aéroport Trudeau par les transports en commun”. “Poor guy !” Et je comprends qu’il n’est pas très optimiste sur ma capacité à arriver avant la fermeture de l’enregistrement des bagages.
Mon visage est glacé, mais j’ai très chaud avec ma veste doublée et ma doudoune. Mes articulations me brûlent. Je vois des taxis passer, je les hèle, mais aucun ne s’arrête. On traverse la rue Saint-Denis, et là un taxi au feu rouge. Je vais le voir, je lui demande s’il peut me conduire à l’aéroport “Je repars chez moi mais c’est sur la route, je peux vous y conduire”. Ouf ! Je remercie plusieurs fois l’homme qui a traîné ma valise avec moi, et je m’engouffre dans le taxi.
Il est obligé de rouler lentement, on ne voit quasiment rien, les rues ne sont pas encore déblayées pour la plupart tant les chutes de neige sont importantes. Au feu rouge, il en profite pour dégivrer ses pare-brises. Je lui demande quand il pense arriver à l’aéroport. Vers 19h. Soit après la fin de l’enregistrement des bagages pour le vol prévu à 20h25. Je ne suis pas encore entièrement rassuré. Mais je le suis déjà de ne plus être dehors dans la tempête de neige.
Arrivé à l’aéroport international Pierre-Eliott Trudeau, je lui paye le transport et lui laisse un pourboire plutôt généreux. Mon avion est annoncé avec 35 minutes de retard. J’enregistre mes bagages : 43 kilos, plus un sac de 10 kilos et mon ordinateur. J’ai tout de même le temps de manger. Je passe devant un Saint-Hubert. Après tant d’inquiétude, et en souvenirs de précédentes soirées avec ma gang, rien ne me ferait plus plaisir qu’une poutine au poulet ! Evidemment au passage en caisse il me manque 0,25$ que me laisse le caissier.
Finalement… Je n’ai pas très faim ! Je décide d’aller en zone d’embarquement. Mon avion est maintenant annoncé avec 1h25 de retard. “Liquide, crèmes, maquillage…”. Je bois ma bouteille de Sprite en plusieurs gorgées. Au portique de sécurité, je bippe. Il me faut enlever mes chaussures, qui passeront aux rayons comme ma sacoche, mon manteau, mon ordinateur, ma ceinture…
Puis l’attente. Je désire faire un tour, un policier me fait remarquer que si je veux passer, je ne pourrai pas repasser parce que le hall va servir d’embarquement pour les passagers d’un autre vol. Un jeune garçon, chemise rose et écharpe sur les épaules, assis de l’autre côté, me fait non de la tête. Je tourne les talons. J’achète du cidre de glace pour mes parents. la vendeuse m’explique que l’on cueille les pommes gelées, qu’elles ont gardées tout leur sucre. Cette spécialité du Québec s’apparente à un vin liquoreux. En espérant le déguster avec une bonne tranche de fois gras à mon retour…
L’attente toujours. J’envoie des messages à mon père pour prévenir de mon retard. Je lis mon bouquin. Devant moi une mère de famille plante des clous pendant que sa jeune fille part à la découverte de ses voisins. Quand elle lève la tête, la jeune mère me regarde d’un air las “C’est chiant d’attendre”. J’acquiesce. D’autres parents, québécois, font risette à leur petit garçon. Une famille noire attend d’embarquer à ma droite. Et moi je passe en revue mon séjour passé, et mes semaines à venir. Dehors, une camionnette s’est enfoncée dans un tas de neige. Une pelleteuse doit la pousser pour qu’elle puisse démarrer.
Notre avion arrive enfin. Nous embarquons à 23h30. Je jette un dernier regard sur le Canada. Il fait très sombre et la neige tombe encore. Dans l’avion, je n’ai pas de siège devant moi : toute la place pour déplier mes petites jambes ! Mais le compartement à bagages est plus petit, est déjà encombré par des oreillers d’Air Canada… Il faut composer avec les compartiments voisins. L’avion ne décollera pas de suite après avoir fait démarrer ses moteurs. On attend encore. Je m’endors mon iPod dans la main, la musique dans les oreilles. “Monsieur, il vous faut éteindre votre appareil”. Je l’éteins machinalement, marmonne une excuse et me rendors.
L’avion décolle et je le ressens à peine ; mes oreilles ne se bouchent même pas. Peu après, les hôtesses arrivent avec leur chariot rempli de plats préparés. Il n’en faut pas plus pour me réveiller. “Voudriez-vous du vin à votre repas, monsieur ?” Allez, fêtons cela ! Et en plus, il n’est pas mauvais ! Je déplie la télévision individuelle, plusieurs films sont proposés… Dont Ratatouille ! Ca tombe bien, je ne l’avais pas vu. Plus tard dans la nuit, je regarde “J’ai serré la main du diable”. A un moment, j’interromps le film pour prendre des photos du lever de soleil au-dessus des nuages, l’une des plus belles choses que j’ai eu à contempler.

Enfin nous atterrissons. La première chose qui me frappe : les voitures ! Des Peugeots, des Renaults… Pas de Pontiac, de Buick, de General Motors…

Je passe la frontière sans aucune question. J’attrape mes bagages et je peux rejoindre mon père qui m’a attendu près de deux heures. Les fêtes de fin d’année peuvent commencer.
Une chose est sûre : je reviendrai à Montréal !
TITEM »
